Rentré rue Montmartre, Nicolas avait connu une soirée paisible M de Noblecourt s'était couché tôt sans doute fatigué de son escapade de la veille. Catherine qui venait de recevoir de Poitevin la récolte de petits pois tardifs, les écossait quand le commissaire arriva. Il l'aida dans sa tâche. Avait-il faim ? L'enthousiasme de la réponse entraîna la cuisinière à mitonner une mijotée de légumes. Nicolas la regarda, intéressé, préparer de petites pommes de terre, racine qu'elle lui avait fait connaître et qui commençait à se populariser, des carottes, des navets et des oignons. Elle jeta un peu de saindoux dans un poêlon, y fit légèrement prendre couleur les légumes, y coupa de longs morceaux de lard, les fit revenir et assaisonna le tout. Peu après elle ajouta une laitue entière soigneusement lavée et couvrit le tout des petits pois. Enfin une légère jetée de sucre acheva la préparation. Trois quarts d'heure de petit feu sur le potager, et Nicolas s'attablait et se délectait du plat, sous l'oeil ému de Catherine

_ Tu vois, dit-elle il ne faut jamais ajouter de l'eau. C'est l'humidite de la salade qui mouille le plat.

Il vida presque une bouteille de cidre que Catherine tenait à son intention toujours prête dans le frais du caveau. Il s'ensuivit une douce somnolence qui le conduisit à réfléchir aux découvertes de la rue d'Enfer. Sans pour autant exonérer Diego Burgos de toute complicité dans le meurtre du vicomte de Trabard, sa fuite avec le vas-y-dire témoignant d'une étrange conduite, il était en même temps persuadé que les autres acteurs demeuraient suspects. Avait-on voulu désigner le coupable en plaçant les fioles de liqueur d'Hoffmann sous le matelas du secrétaire ? la manoeuvre pouvait paraître un peu forcée.

L'année du volcan

Jean-François PAROT.

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