Maintenant, après avoir débarrassé ma conscience de tous les non-dits, ayant pris sur moi la plus rude des tâches : celle de constater que le temps est un fait, après avoir reconnu ma dépendance du temps, ma relation à lui, mon asservissement par lui, ayant reconnu que le temps est mon matériau de travail, mon outil de production, parfois mon employeur - si souvent à temps partiel, et si souvent particulier ! je pose enfin la question : Qui donc est ce temps, pour que je le serve, et volontairement, de surcroît ?

Qu'est-ce donc que le temps en général, pour qu'on le serve ? Mon temps passera demain, comme hier celui d'un autre, comme après-demain - le tien, comme tout temps passe toujours, jusqu'à ce que le temps lui-même disparaisse.

Mariana Tsvetaïeva. Le Poète et le Temps

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